100h de travail par semaine, sans droits syndicaux, puis licenciement... C'est de l'esclavage !
Rencontre avec les travailleurs licenciés de Lafarge Ciment en Corée du Sud, Assemblée Générale du 9ème Collectif des Sans-Papiers, lundi 3 décembre 2007.
-Je vous présente des coréens, qui sont venus de Corée, qui travaillent pour Lafarge, qu'on a rencontré, et on va leur donner la parole pour nous parler un petit peu de leur lutte, parce que c'est intéressant. Ils ont traversé des milliers de kilomêtres pour venir pour défendre leurs droits. Vous pouvez poser des questions, l'un d'eux parle français et va traduire.
-Je suis travailleur licencié chez Lafarge Ciment, dans le secteur du bâtiment, en particulier j'étais travailleur en sous-traitance.
En mars 2006, nous avons créé un syndicat mais à la fin de mars 2006, Lafarge a fait fermer notre boîte. Donc on est licenciés.
En particulier, la raison de la fermeture, c'était la création du syndicat. Après la fermeture, ceux qui ont accepté de démissioner du syndicat, ont été réembauchés par d'autres sous-traitants. Ceux qui ont refusé de démissioner du syndicat, ont été licenciés.
Cette lutte dure depuis plus de dix-neuf mois, et on a décidé de venir ici à Paris pour dénoncer le comportement de Lafarge Ciment, et aussi pour essayer d'obtenir justice auprès de la direction de Lafarge.
En 1998, Lafarge Ciment a racheté l'entrepreneur sud-coréen, et après le rachat Lafarge a transformé l'organisation du travail. C'est à dire, les travailleurs stables ont été transférés en tant que travailleurs précaires et travailleurs en sous-traitance, en particulier la section d'équipement par exemple, était transformée en une société sous-traitante. Donc dans cette entreprise sous-traitante, les travailleurs en sous-traitance ont perçu à peu près 40% du salaire par rapport aux travailleurs stables.
En particulier, on a du travailler pendant 30 jours, pendant 8h par jour sans pause. C'est à dire, pour percevoir le salaire de base, on doit travailler pendant 240 heures, plus on est obligés de travailler 140 heures par mois en heures supplémentaires. C'est à dire en gros, on est obligés de travailler 400 heures par mois, pour gagner à peu près mille euros. Pour mille euros on doit travailler 400 heures ! C'est pour ça, contre ces conditions de travail infernales, on a monté notre syndicat, mais comme je vous ai dit tout à l'heure, après avoir monté notre syndicat, on a été licenciés.
Nous voulons tout simplement retrouver notre travail entre guillemet volé. Nous avons décidé de venir ici à Paris pour faire connaître les conditions de travail déplorables, c'est à dire, le bas salaire, et aussi les longs, longs horaires de travail, etc. Aujourd'hui, ça fait trois mois que nous sommes ici à Paris.
Nous sommes venus ici pour solliciter le soutien des entrepreneurs français ou d'autres. Malgré la situation difficile, on a pas perdu espoir. Nous allons rentrer en Corée du Sud, après avoir porté nos revendications.
Nos revendications, sont la réintégration des travailleurs licenciés, la reconnaissance du syndicat, et puis les améliorations des conditions de travail, et aussi le versement des salaires pour la période de licenciement.
Nous allons lutter jusqu'au bout pour bien dénoncer, pour bien faire connaître le comportement entre guillemets raciste et colonialiste de Lafarge Ciment.
-Il faut ajouter qu'il y a des sociétés qui délocalisent parce que c'est possible, donc ils vont exploiter les gens ailleurs et pour les secteurs qu'on ne peut pas délocaliser comme le bâtiment et la restauration, et bien il y a des sans-papiers ici qu'on exploite. Donc c'est à peu près la même lutte, c'est la lutte contre l'exploitation.
-Je voudrais vous poser quelques questions, je vous ai vu dans des meetings, et des manifestations à Paris, mais je suppose que vous avez été aussi au siège de la société, ou rencontrer des syndicats des entreprises Lafarge en France, qu'est-ce que ça a donné pour le moment ?
-Après notre arrivée en France, nous avons contacté pas mal d'organisations, et aussi nous avons contacté les délégués syndicaux de Lafarge Ciment, mais on a du mal à faire bouger la direction de Lafarge Ciment.
Bien évidemment Lafarge nous a proposé quelque chose, concernant la réintégration des travailleurs. Mais à ce moment Lafarge nous a proposé quatre postes chez quatre sociétés différentes, pour disperser les travailleurs, pour nous empêcher de réorganiser le syndicat, et aussi pour ce qui concerne les conditions de travail, ne nous pas proposé autre chose, c'était la même chose. Et il nous a proposé quelques compensations, mais c'était 50% du salaire pour la période de licenciement, en particulier il nous a donné cette somme au nom de l'humanitaire. Il n'a pas reconnu le licenciement illicite, et donc nous avons refusé la proposition de Lafarge.
-Il faut préciser que Lafarge est un gros groupe de construction français, Lafarge Béton, Cimenti, etc. C'est un groupe qui fonctionne beaucoup par sous-traitance, qui n'a pas forcément beaucoup d'employés mais qui emploie beaucoup de petites société sous-traitantes, et je pense que beaucoup de sans-papiers qui travaillent dans le bâtiment, doivent travailler en fait pour Lafarge. Voilà, pour souligner le rapport qui peut être fait entre cette situation et celles des sans-papiers ici.
-Ce qui est important c'est que cette information soit bien distribuée.
Et les travailleurs coréens peuvent rester en France pendant trois mois, mais comme je vous ai dit tout à l'heure, aujourd'hui, ça fait trois mois, aussi, à partir de demain ou après demain, nous sommes sans-papiers !
Site et tracts :
http://ouvriers.coreens.free.fr





