En nous mobilisant au sein du 9ème Collectif, nous voulions dire que nous refusons de continuer à vivre caché·e·s, clandestin·e·s, humilié·e·s, et que nous étions déterminé·e·s à nous battre pour acquérir notre liberté et dignité, et ce malgré la mise en place d’un arsenal répressif par les différents gouvernements (de droite ou de gauche).

La gauche arrivée au pouvoir en 1997 a mis en place une circulaire pour permettre la régularisation des sans-papièr·e·s, processus qui visait à faire croire que le gouvernement de la gauche plurielle voulait résoudre le « problème des sans-papièr·e·s, qui a été posé sur la scène publique sous la droite.
Cette circulaire n’a fait que créer une situation ambiguë, puisque 150000 ont déposé une demande, et 80000 se sont vu·e·s notifier des refus. Cette procédure de régularisation s’est effectuée de manière arbitraire.
L’afflux des débouté·e·s de la Circulaire Chevènement et qui n’étaient pas organisé·e·s leur a permis de se regrouper au sein du 9ème Collectif au lieu de continuer de vivre dans l’ombre en risquant quotidiennement de se faire contrôler, emprisonner puis expulser.

Le Collectif s’est placé dans la perspective d’une lutte à long terme visant la régularisation de tous les sans-papièr·e·s.
Au sein du Collectif, on trouve 25 nationalités, ce qui dote la structure d’une richesse multiculturelle.
Les sans-papièr·e·s sont déterminé·e·s et solidaires les un·e·s des autres. La plupart d’entre eux·elles connaissent leur première expérience de lutte.

– Les secteurs de travail occupés par les hommes sont : le bâtiment, la confection, la restauration, le nettoyage… Ceux occupés par les femmes sont en général les travaux domestiques (garde d’enfants, ménage).

– L’autre caractéristique du Collectif est la diversité de situations juridiques : débouté·e·s de l’asile politique, de l’asile territorial, des étudiant·e·s, des familles, des personnes arrivées en France hors regroupement familial…

Financement : Formes d’autofinancement : réalisation d’un petit journal, cotisation, organisation de concerts…

Autonomie : Nous sommes organisé·e·s de manière autonome : ce sont les sans-papièr·e·s qui portent leurs revendications. Personne d’autre ne gère notre lutte à notre place. Nous demandons à être nous appuyé·e·s dans notre combat en nous donnant les outils pour avancer, puisque nous sommes les mieux placé·e·s pour exprimer ce que nous vivons.

A.G. : Une assemblée générale est organisée chaque semaine. Chacun·e peut s’exprimer pour analyser la situation, faire un bilan de notre travail, et dégager des perspectives d’action.

Notre lutte s’articule autour de deux axes : juridique et politique.
Le premier nous permet d’obtenir des résultats à court terme. Le second se fait pour l’obtention d’une régularisation globale qui ne peut se faire qu’en créant un rapport de force politique.

Axe juridique

Tenue de permanences juridiques, études de dossiers, établissement de listes.

Les sans-papièr·e·s sont impliqué·e·s pour comprendre l’arsenal juridique. Certain·e·s se mobilisent pour tenir eux les permanences et accueillir de nouveaux·elles sans-papiers qui rejoignent le groupe.

Nous sommes soutenu·e·s par des juristes, avocat·e·s, et des associations (GISTI).

Axe politique

Formes d’actions :
– Rassemblements hebdomadaires devant les préfectures, ministère de l’Intérieur, ministère de l’Emploi, centres de rétentions, commissariats, OMI…
– Rassemblements devant les lieux où s’exercent des discriminations (ex. : devant une école qui refuse d’inscrire un·e enfant de sans-papièr·e·s…)
– Forums, débats, projections de films, dossiers de presse, pétitions
– Campagnes de sensibilisation de l’opinion publique
– Participation aux meetings, aux débats au sein d’universités…

Nous nous invitons également à certains débats ou meetings politiques (avec banderole et tracts), surtout pendant les campagnes électorales (municipales, législatives, présidentielles et européennes), et ce pour interpeller les différentes formations politiques de gauche ou de droite pour qu’elles se positionnent clairement par rapport à la question de l’immigration.

Nous menons également des occupations de lieux stratégiques du point de vue de la médiatisation et de la symbolique.
Occupations de permanences politiques :
– Permanence de l’ancien ministre de l’Intérieur sous la gauche pendant la campagne municipale.
– Occupation 2 fois de la permanence du ministre de l’Intérieur sous la droite, Sarkozy.
– Association de Bernadette Chirac.
– Musées, théâtres…
– Occupation de la représentation en France du Parlement européen et de la Commission européenne pendant la campagne des dernières élections européennes, et ce pour dénoncer les politiques migratoires menées par l’Union européenne et ses états membres, pour interpeller la commission européenne, le parlement européen, et les candidats aux élections européennes.

À chaque occupation, nous établissons un lien entre le lieu, le contexte, et nos revendications, et nous avons bénéficié d’une couverture médiatique.

Nous travaillons également sur plusieurs questions :

La rétention : nous participons à la coordination en France contre la rétention (la fermeture des centres de rétention et l’arrêt des expulsions). À l’initiative du Collectif Anti-Expulsion, des actions et des campagnes de sensibilisation ont été menées contre la construction d’autre centres de rétention (centre de rétention à Palaiseau), pour la fermeture des autres centres, et contre les expulsions. Nous y participons.
Réunions publiques sur la rétention, avec plusieurs associations et juristes (CAE, GISTI, CIMADE…)

L’accès aux soins : le démantèlement de l’Aide Médicale d’Etat, dispositif d’accès aux soins pour les sans-papièr·e·s, nous amène à nous mobiliser avec des Comités de médecins, syndicats, et associations défendant les étrangèr·e·s malades (Act Up), et à être parmi les manifestant·e·s pour la défense de la sécurité sociale.

L’Europe : l’harmonisation des politiques d’immigration au niveau européen nécessite une coordination entre les différents mouvements européens qui défendent les droits des migrant·e·s, c’est pourquoi nous apportons notre solidarité à d’autres collectifs dans d’autres pays européens (ex. : manifestation de notre collectif devant l’ambassade d’Espagne lors de l’occupation d’une église par les sans-papièr·e·s à Barcelone).
Nous avons aussi manifesté contre la construction du Centre de rétention à Palaiseau (banlieue de Paris) lors de la journée européenne contre les centres de rétention.

Femmes : nous travaillons sur la revendication de l’obtention pour les femmes d’un statut autonome (en cas de divorce ou de rupture, les femmes se trouvent sans-papiers), la reconnaissance des droits des femmes victimes de persécutions sexistes, et ceci avec d’autres associations (Rajfire).
Par ailleurs, en posant les problèmes spécifiques liés aux femmes, une partie de l’opinion publique peut être mobilisée.
Il faut aussi souligner que les femmes sont très actives, et participent régulièrement à la journée du 8 mars.

Syndicats : nous interpellons également les syndicats pour qu’ils défendent les sans-papièr·e·s qui sont des travailleur·se·s exploité·e·s.
– Convergence avec les mouvements sociaux : nous lions notre lutte avec celle des autres exclu·e·s (les chômeur·se·s, les sans-logis, les intermittent·e·s). Les sans-papièr·e·s sont les précaires des précaires. Ils·elles sont exploité·e·s, habitent des taudis…

En général, nous essayons de construire des réseaux de solidarité. Les luttes sont plus entendues par ceux·celles qui ont entre eux·elles des solidarités actives.

Malgré notre dynamisme et le dynamisme d’autres collectifs, la fragilité, l’incohérence, voir la quasi-absence de l’instance nationale, qui ne joue pas son rôle en coordonnant les actions locales, empêche une régularisation massive. Le rapport de force à construire se situe au niveau national.