Sans-papiers : les autorités françaises ont renoncé au projet de charter pour l'Afghanistan

PARIS (AFP) — Le gouvernement français a finalement renoncé lundi au projet très contesté d'organiser un charter franco-britannique pour rapatrier vers leur pays des Afghans en situation illégale, en faisant valoir que "les conditions de sécurité" n'étaient pas réunies.

Les ministères des Affaires Etrangères et de l'Immigration ont annoncé qu'il ne serait pas donné suite à la proposition des autorités britanniques d'organiser un vol de retour groupé de ressortissants afghans. Les deux ministères ont mis en avant que "toutes les conditions de sécurité, pour les personnes susceptibles d'être reconduites, n'étaient pas réunies".

Il était prévu que le vol, qui devait partir de Londres le 18 novembre, avec à son bord une trentaine d'Afghans, fasse ensuite escale à Lille pour embarquer des ressortissants interceptés en France avant de partir pour Kaboul via Bakou.

Plusieurs associations de défense des droits de l'Homme avaient dénoncé début novembre ce projet, estimant dangereux d'expulser des sans-papiers vers un pays où la sécurité des civils est loin d'être assurée.

Le dernier lauréat du prix Goncourt, afghan lui-même, Atiq Rahimi, avait pris la défense de ses compagnons d'exil dans un message transmis par le Réseau éducation sans frontière (RESF). "Les renvoyer dans leur pays, écrivait-il, c'est les condamner à un avenir incertain, prendre le risque de les laisser aux mains des fondamentalistes qui détournent le désespoir de cette jeunesse à des fins religieuses extrémistes".

Les autorités françaises ont examiné "au cas par cas" les dossiers des ressortissants afghans avec le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) et c'est sur la base de ce "travail" qu'ils ont renoncé à leur projet.

Dans l'entourage de Brice Hortefeux, le ministre de l'Immigration, on a souligné "ne pas avoir voulu prendre de risques" du fait que certaines zones d'où sont originaires les ressortissants ou qu'il s'agissait de traverser sont "insuffisamment sécurisées".

Le HCR, consulté sur cette affaire par le ministère de l'Immigration, avait mis en avant "trois principes", selon sa porte-parole en France, Marie-Ange Lescure : ne pas renvoyer en Afghanistan de personnes "vulnérables" (femmes et enfants); des "retours" uniquement là où la sécurité est établie, les ressortissants afghans ne devant pas non plus être renvoyés systématiquement vers Kaboul. Enfin, le HCR interrompt le retour des réfugiés pendant la période hivernale du 1er novembre au 15 mars.

Le HCR a apporté une assistance au retour à plus de 4 millions d'Afghans depuis 2001.

La liste des ressortissants afghans sur laquelle se sont penchées les autorités françaises comprenait quelque 43 personnes interpellées sur le littoral Nord et placées dans le centre de rétention de Coquelles (Pas-de-Calais).

Dans le Calaisis transitent de nombreux ressortissants afghans et irakiens qui veulent gagner la Grande-Bretagne. Seuls les étrangers qui n'ont pas déjà un statut de réfugiés ou fait des demandes d'asile sont considérés comme "illégaux" sur le territoire français.

Même si le taux de reconnaissance - du statut de réfugié - pour les demandeurs d'asile afghans se situe aux alentours de 50% en France, beaucoup, soulignent Mme Lescure, préfèrent pourtant courir le risque de "passer" en Grande-Bretagne.

Le ministère de l'Immigration reconnaissait lundi soir qu'il va falloir rapidement trouver une solution pour les Afghans "retenus" au Cra de Coquelles, la durée de la rétention ne pouvant excéder 21 jours en France.

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